Transmission d'entreprise

Comment calculer la valorisation de son entreprise ?

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En bref

  • Une valorisation part des liasses fiscales des trois derniers exercices, pas du dernier bilan seul.

  • Le tableau 2054 est le plus utile et le plus souvent oublié : sans lui, impossible de savoir si un matériel affiché à zéro vaut réellement zéro.

  • Le retraitement est le cœur du travail : rémunération du dirigeant ramenée au marché, immobilier à sa valeur réelle, crédit-bail réintégré, exceptionnels neutralisés.

  • L'actif net corrigé est déjà une valeur ; l'EBE normatif est un revenu, auquel il faut appliquer un multiple.

  • Ne faites jamais la moyenne de deux méthodes : leur écart vous dit où se trouve la valeur de votre société.

  • Deux contrôles avant de conclure : le test du financement sur sept ans, et le poids de la valeur terminale si vous avez utilisé un DCF.

  • Valeur des titres = valeur d'entreprise − dette financière nette. Sur une société rentable mais endettée, l'écart atteint couramment un tiers de la valeur.

  • Conclure par une fourchette, jamais par un chiffre unique.

Les données nécessaires

Le point de départ, ce sont vos liasses fiscales des trois derniers exercices. La liasse fiscale est le dossier comptable annuel que votre entreprise transmet à l'administration : une série de tableaux numérotés qui détaillent votre bilan et votre résultat. Au régime réel normal, elle comprend les tableaux 2050 à 2059-G, dont Service-public.fr publie la liste.

Pourquoi trois exercices et pas un seul ? Parce qu'une seule année ne permet pas de distinguer une tendance d'un accident. Un bon exercice isolé ne prouve rien, et un mauvais exercice explicable ne condamne rien.

Vous n'aurez besoin que de cinq tableaux :

Tableau

Ce qu'il contient

À quoi il sert ici

2050

Bilan actif

Ce que l'entreprise possède : immobilisations, stocks, créances, trésorerie

2051

Bilan passif

Ce qu'elle doit : capitaux propres, provisions, dettes financières

2052 et 2053

Compte de résultat

Le point de départ du calcul de rentabilité

2054 et 2055

Immobilisations et amortissements

La valeur d'origine de vos biens et ce qui en a été amorti

2057

Échéances des créances et des dettes

L'ancienneté de vos impayés clients

Le 2054 est le plus utile et le plus souvent oublié. Il donne la valeur d'achat de chaque bien et la date de son acquisition, alors que le bilan n'affiche que sa valeur résiduelle après amortissement. Sans ce tableau, vous ne pouvez pas savoir si un matériel affiché à zéro vaut réellement zéro.

Quatre informations, en revanche, ne figurent dans aucun tableau. Demandez-les à votre expert-comptable :

  • votre rémunération complète, charges patronales et avantages inclus ;

  • vos contrats de crédit-bail en cours. Le crédit-bail est une location avec option d'achat : la machine travaille pour vous, mais elle n'apparaît pas dans vos actifs. Il faut la réintégrer, sinon votre patrimoine est sous-estimé. Le montant à retenir dépend de la valeur résiduelle inscrite au contrat, qui est aussi ce qui restera à payer pour devenir propriétaire ;

  • les loyers versés à une SCI que vous détenez, et le loyer qu'un tiers paierait pour le même local ;

  • vos engagements hors bilan : cautions données, litiges en cours, indemnités de départ à la retraite.

Si votre société relève du régime réel simplifié, vous travaillerez sur les tableaux 2033-A à 2033-G, plus courts. Prévoyez alors un état des immobilisations complémentaire, car le détail y manque.

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La démarche de calcul

Corriger les chiffres : le retraitement

Le retraitement est le cœur du travail. Il consiste à corriger chaque poste comptable pour qu'il exprime une valeur économique plutôt qu'une valeur fiscale. Deux corrections en sens opposés cohabitent : certaines augmentent la valeur, d'autres la diminuent, et c'est normal.

Vous corrigez sur deux fronts en parallèle.

Le bilan, pour savoir ce que l'entreprise possède réellement. Vous obtenez ce qu'on appelle l'actif net corrigé : la valeur réelle de tous les actifs, diminuée de toutes les dettes. C'est le patrimoine net de l'entreprise, exprimé aux prix d'aujourd'hui.

Le résultat, pour savoir ce que l'exploitation rapporte réellement, indépendamment de vos choix personnels de gestion. Vous obtenez un résultat dit normatif, c'est-à-dire tel qu'il serait entre les mains d'un repreneur qui se paierait au prix du marché et n'aurait pas vos charges exceptionnelles. En pratique, on raisonne sur l'EBE, l'excédent brut d'exploitation, qui mesure ce que dégage l'activité avant amortissements, intérêts et impôt.

Voici les corrections les plus fréquentes :

Poste

Correction à faire

Effet

Immobilier au bilan

Retenir la valeur de marché, pas la valeur comptable

Hausse, souvent forte

Matériel ancien mais encore utile

Retenir sa valeur d'usage réelle

Hausse

Matériel obsolète encore inscrit

Le sortir

Baisse

Stocks qui ne tournent plus

Les déprécier

Baisse

Créances de plus de 90 jours (tableau 2057)

Provisionner selon la chance de les recouvrer

Baisse

Biens en crédit-bail

Les réintégrer à l'actif, avec la dette au passif

Neutre en net

Votre rémunération

La ramener au salaire de marché pour votre fonction

Variable

Loyer versé à votre SCI

Le ramener au loyer de marché

Variable

Charges et produits exceptionnels

Les neutraliser

Variable

Notez chaque correction avec son montant et sa justification. Ce tableau est le document que tout repreneur vous réclamera, et c'est lui qui rend votre estimation discutable plutôt que déclarative. Une valorisation sans tableau de retraitements est une opinion.

Lisser sur trois exercices

Vous avez maintenant trois exercices retraités. Regardez la trajectoire avant de choisir votre base de calcul.

Si l'activité est stable, une moyenne simple convient. Si une tendance nette se dégage, pondérez en donnant plus de poids à l'exercice le plus récent, qui reflète mieux la situation actuelle. Si un exercice est atypique, écartez-le, mais soyez prêt à expliquer pourquoi.

Transformer ces chiffres en valeurs

Attention à ne pas confondre ce que vous avez obtenu avec une valorisation. À ce stade, vous tenez deux chiffres retraités, et un seul des deux est déjà une valeur.

L'actif net corrigé est directement une valeur. C'est le patrimoine net de l'entreprise exprimé aux prix du jour, il n'y a rien à lui appliquer. On l'appelle la valeur patrimoniale.

L'EBE normatif, lui, n'est pas une valeur, c'est un revenu annuel. Pour le convertir, on lui applique un multiple, un coefficient qui exprime combien d'années de rentabilité un acheteur accepte de payer d'avance. Un EBE de 200 000 euros et un multiple de 5 donnent une valeur de rentabilité de 1 million d'euros. Le principe est simple, mais le choix du coefficient est la question la plus discutée de tout l'exercice : il dépend de votre secteur, de votre taille, de la récurrence de votre chiffre d'affaires et de votre dépendance au dirigeant. Le choix de ce coefficient, les multiples observés par secteur et leurs écarts sont traités dans notre page sur la valorisation par l'EBITDA.

À la sortie de cette étape, vous avez donc bien deux valeurs, une patrimoniale et une de rentabilité, que la partie suivante va confronter.

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Croiser plusieurs méthodes

Vos deux valeurs sont posées. Avant de les confronter, un rappel utile : ces deux chiffres proviennent de deux familles d'approches différentes, et une troisième existe.

  • L'approche patrimoniale répond à la question « que possède l'entreprise ». Elle mesure l'actif net corrigé, celui que vous venez de calculer.

  • L'approche par la rentabilité et par comparaison répond à « combien rapporte-t-elle ». Elle applique un multiple à votre résultat retraité, en s'appuyant sur les prix observés lors de transactions comparables.

  • L'approche par les flux, ou DCF, répond à « combien rapportera-t-elle ». Elle projette vos flux de trésorerie futurs et les ramène à leur valeur d'aujourd'hui. Plus exigeante, elle suppose un plan d'affaires solide.

Le détail de chacune, ses forces, ses limites et les cas où elle s'impose sont traités dans notre page sur les méthodes de valorisation d'entreprise.

Pourquoi l'écart entre deux méthodes est une information

La tentation naturelle, quand deux calculs ne donnent pas le même résultat, consiste à faire la moyenne pour trancher. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire, car les deux chiffres ne mesurent pas la même chose. Le premier vous dit ce que l'entreprise possède, le second ce qu'elle produit. Leur écart vous apprend donc où se trouve la valeur de votre société, et cette information vaut mieux qu'un chiffre intermédiaire qui n'a pas de sens économique.

Deux cas de figure se présentent.

La valeur de rentabilité dépasse largement l'actif net corrigé. Votre valeur est dans l'exploitation, pas dans les murs. C'est la situation habituelle d'une société de services, d'un cabinet ou d'une agence : peu d'actifs au bilan, mais une capacité à générer du résultat. Un repreneur achète alors votre organisation et votre clientèle, et la rentabilité doit peser le plus lourd dans votre conclusion.

L'actif net corrigé dépasse la valeur de rentabilité. Votre patrimoine porte la valeur, ce qui est fréquent dans l'industrie ou chez les sociétés propriétaires de leur immobilier. Mais ce résultat vous apprend autre chose au passage : vos actifs rapportent peu au regard de ce qu'ils représentent. Un repreneur le verra, et il posera la question. Mieux vaut donc traiter le sujet avant la mise en vente, en cédant un actif inutilisé ou en améliorant la rentabilité, plutôt que de le découvrir en négociation.

Pondérer vos deux valeurs

Une fois le diagnostic posé, vous devez arriver à une conclusion unique, donc décider du poids de chaque approche.

Attribuez des poids explicites plutôt qu'implicites. Dans une société de services, une clé de deux tiers pour la rentabilité et un tiers pour le patrimoine reflète correctement la réalité économique. Dans une structure fortement immobilisée, la clé inverse se défend. Ce ne sont pas des règles, ce sont des points de départ à ajuster à votre situation.

Ce qui compte n'est pas la clé retenue, c'est votre capacité à l'expliquer. Un repreneur ne contestera pas une pondération argumentée. Il contestera toujours une pondération que vous ne savez pas justifier, parce qu'elle ressemble alors à un arrangement destiné à faire monter le résultat.

Deux vérifications avant de conclure

Vos calculs peuvent être exacts et votre conclusion malgré tout inexploitable. Deux contrôles permettent de s'en assurer.

Le premier est le test du financement. Une valorisation n'a de sens que si quelqu'un peut la payer. Un repreneur finance rarement sur ses fonds propres : il emprunte, et il remboursera cet emprunt avec les résultats de votre entreprise. Vérifiez donc que les flux dégagés par l'activité permettent de rembourser un prêt correspondant à votre valeur sur une durée d'environ sept ans, qui est l'horizon habituel des banques sur ce type d'opération. Si le compte ne tombe pas, aucun établissement ne suivra et votre chiffre restera théorique, quelle que soit la qualité de votre calcul.

Le second ne concerne que ceux qui ont utilisé une approche par les flux. Cette approche projette les résultats sur un nombre d'années limité, puis ajoute une valeur terminale censée représenter tout ce que l'entreprise vaudra encore au-delà de cette période. Cette composante pèse souvent l'essentiel du total, ce qui signifie que votre résultat dépend massivement d'une seule hypothèse portant sur un avenir lointain. Mesurez donc sa part, et si elle domine, considérez le résultat comme un ordre de grandeur plutôt que comme une estimation ferme. L'étude publiée en novembre 2025 par la Commission des participations et des transferts appelle explicitement à la vigilance sur ce point.

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Obtenir une fourchette

Pourquoi un intervalle plutôt qu'un chiffre

Votre conclusion doit prendre la forme d'un intervalle. Un chiffre unique pose deux problèmes : il donne une fausse impression de précision, alors que vos calculs reposent sur des hypothèses de retraitement discutables, et il vous prive de marge de manœuvre. Annoncer 900 000 euros, c'est accepter de descendre dès la première objection. Annoncer une fourchette, c'est poser un cadre à l'intérieur duquel la discussion se déroule.

En pratique, les bornes se déduisent de vos deux valeurs. L'actif net corrigé constitue le plancher, car une entreprise en bonne santé vaut au moins son patrimoine net : personne ne cède un actif pour moins que ce qu'il contient. La valeur issue de la rentabilité forme le plafond lorsque l'exploitation est profitable, puisqu'elle mesure ce que l'acheteur peut espérer récupérer. L'espace entre les deux est votre terrain de négociation.

Formuler votre fourchette

Une fourchette exploitable tient en quatre éléments, et il est utile de les écrire noir sur blanc :

  1. la valeur basse, celle en dessous de laquelle vous ne descendrez pas ;

  2. la valeur haute, celle que vous demandez en ouverture ;

  3. la valeur que vous défendez à l'intérieur de l'intervalle, issue de votre pondération ;

  4. les hypothèses de retraitement qui soutiennent l'ensemble.

Le quatrième point est celui qui donne du poids aux trois premiers. Sans lui, vous annoncez des chiffres. Avec lui, vous présentez un raisonnement.

Un dernier signal à surveiller : si votre intervalle est très large, entre le simple et le double par exemple, le travail n'est pas terminé. Un écart de cette ampleur signifie que vos deux approches racontent deux histoires incompatibles, ce qui vient presque toujours de retraitements insuffisamment documentés. Reprenez-les et resserrez l'intervalle avant de le présenter.

Les trois erreurs à vérifier avant de présenter

Trois oublis suffisent à invalider tout le calcul, et ce sont toujours les mêmes. Reprenez-les un par un avant de présenter votre estimation.

  • Appliquer un multiple à un résultat non retraité. Les multiples de marché sont calibrés sur des résultats normatifs. Appliqué à un résultat qui contient encore votre rémunération réelle ou une charge exceptionnelle, le multiple ne corrige pas l'erreur : il la multiplie autant de fois que sa propre valeur.

  • Oublier de déduire la dette nette. Vous annoncez alors la valeur de l'entreprise en croyant annoncer le prix de vos titres. C'est le point développé dans la note en fin d'article, et l'écart se découvre en général au pire moment, une fois la discussion engagée.

  • Calculer sur le seul dernier exercice. Un exercice isolé, bon ou mauvais, ne dit rien de votre trajectoire. C'est la première chose qu'un repreneur vérifiera, et une base non lissée fragilise tout le raisonnement qui s'appuie dessus.

Faites relire vos hypothèses de retraitement par un expert-comptable ou un conseil en transmission : ce sont elles qui déterminent le résultat, et chaque situation appelle ses propres arbitrages.

À retenir : valeur de l'entreprise ou valeur de vos titres

Une distinction pour finir, parce qu'elle vaut à elle seule une relecture de vos calculs.

Les approches par la rentabilité et par les flux mesurent l'outil économique, indépendamment de la façon dont il est financé. On parle de valeur d'entreprise. Mais ce que vous vendez, ce sont vos parts ou vos actions, et l'acheteur reprend la dette en même temps. Il en tient donc compte dans son prix.

Le passage de l'une à l'autre se fait ainsi :

Valeur de vos titres = valeur d'entreprise − dette financière nette

Dette financière nette = emprunts bancaires + comptes courants d'associés + crédit-bail réintégré − trésorerie disponible

Sur une société correctement rentable mais endettée, cet écart représente couramment un tiers de la valeur. Appliquez cette conversion avant d'annoncer quoi que ce soit, et quand un chiffre circule dans une discussion avec un repreneur, vérifiez toujours duquel des deux il s'agit.

Cette conversion est le point de bascule entre ce que vaut l'outil et ce que vous encaissez. Elle prend tout son sens dans le cadre plus large de votre projet de transmission d'entreprise.

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Un exemple complet de calcul de valorisation

Premier cas : une société de services

Une agence de conseil réalise 3 millions d'euros de chiffre d'affaires avec une vingtaine de salariés. Elle loue ses locaux à une SCI détenue par son dirigeant et ne possède presque rien au bilan, hormis du matériel informatique et une trésorerie confortable accumulée au fil des exercices.

Première étape, corriger le résultat. L'EBE moyen des trois derniers exercices ressort à 230 000 euros, mais ce chiffre porte la marque des choix personnels du dirigeant. Le tableau ci-dessous reprend les corrections à apporter pour obtenir ce que l'exploitation dégagerait entre les mains d'un repreneur.

Correction

Montant

Justification

EBE comptable moyen

230 000 €

Moyenne des trois exercices

Rémunération du dirigeant

+ 110 000 €

240 000 € chargés contre 130 000 € pour un directeur salarié

Loyer versé à la SCI

+ 20 000 €

90 000 € versés contre 70 000 € de loyer de marché

Produit exceptionnel

− 60 000 €

Indemnité d'assurance non récurrente

EBE normatif

300 000 €

Base de calcul retenue

Deuxième étape, convertir ce revenu en valeur. Avec un multiple de 5, l'EBE normatif de 300 000 euros donne une valeur d'entreprise de 1 500 000 euros.

Troisième étape, calculer en parallèle la valeur patrimoniale. Le bilan corrigé fait apparaître 190 000 euros d'immobilisations après réévaluation du matériel, 640 000 euros de créances clients une fois provisionnés les impayés de plus de 90 jours, 800 000 euros de trésorerie et 40 000 euros d'autres actifs, soit 1 670 000 euros. En face, le passif exigible s'élève à 570 000 euros : 200 000 euros d'emprunt bancaire, 120 000 euros de comptes courants d'associés et 250 000 euros de dettes fournisseurs, fiscales et sociales. L'actif net corrigé s'établit donc à 1 100 000 euros.

Quatrième étape, ramener les deux résultats au même niveau. C'est le point où la plupart des calculs dérapent. L'actif net corrigé est déjà une valeur de titres, puisqu'il est net de toutes les dettes, alors que la valeur issue du multiple est une valeur d'entreprise. Il faut donc appliquer la conversion présentée dans la section précédente. La dette financière nette vaut ici 200 000 euros d'emprunt plus 120 000 euros de comptes courants moins 800 000 euros de trésorerie, soit un solde négatif de 480 000 euros. La trésorerie excédant les dettes, elle s'ajoute : la valeur des titres par la rentabilité ressort à 1 980 000 euros.

Les deux approches sont maintenant comparables : 1 980 000 euros par la rentabilité, 1 100 000 euros par le patrimoine. L'écart confirme ce que l'on pressentait, la valeur de cette agence tient à son organisation et à sa clientèle, pas à ce qu'elle possède. Une pondération de deux tiers pour la rentabilité et d'un tiers pour le patrimoine conduit à une valeur défendue d'environ 1 690 000 euros, à l'intérieur d'une fourchette allant de 1 100 000 à 1 980 000 euros.

Reste le test du financement. Après impôt et investissements de renouvellement, l'exploitation dégage de l'ordre de 200 000 euros par an. Un repreneur qui apporte 30 % du prix et emprunte le solde sur sept ans supporte une annuité proche de ce montant. Le test passe, mais de justesse, ce qui signale d'emblée que la borne haute sera difficile à tenir en négociation.

Second cas : une PME industrielle propriétaire de ses murs

Une entreprise de mécanique réalise 6 millions d'euros de chiffre d'affaires. Elle est propriétaire de son bâtiment, exploite une partie de ses machines en crédit-bail et porte un endettement significatif.

La correction du résultat suit la même logique, avec une particularité tenant au crédit-bail.

Correction

Montant

Justification

EBE comptable moyen

420 000 €

Moyenne des trois exercices

Rémunération du dirigeant

+ 30 000 €

180 000 € chargés contre 150 000 € pour un directeur salarié

Charge exceptionnelle

+ 50 000 €

Coût d'un litige prud'homal soldé

Loyers de crédit-bail

+ 90 000 €

Neutralisés, les machines étant réintégrées à l'actif

EBE normatif

590 000 €

Base de calcul retenue

La dernière ligne mérite une explication. Puisque les biens financés en crédit-bail sont réintégrés au bilan comme s'ils avaient été achetés, les loyers correspondants doivent sortir des charges d'exploitation, sous peine de compter deux fois le même financement. Avec le même multiple de 5, l'EBE normatif de 590 000 euros donne une valeur d'entreprise de 2 950 000 euros.

Le bilan corrigé raconte une autre histoire que celui de l'agence vue dans le cas numéro 1. Le bâtiment, inscrit pour 700 000 euros, en vaut 1 900 000 au prix du marché. Le matériel, réévalué puis débarrassé des équipements obsolètes encore inscrits, ressort à 620 000 euros, auxquels s'ajoutent 260 000 euros de machines en crédit-bail réintégrées. Les stocks dépréciés valent 610 000 euros, les créances provisionnées 740 000 euros, et la trésorerie 150 000 euros. L'actif corrigé atteint ainsi 4 280 000 euros. Le passif exigible s'élève à 2 740 000 euros, en comptant 1 400 000 euros d'emprunts, 260 000 euros de dette de crédit-bail, 100 000 euros de comptes courants, 900 000 euros de dettes d'exploitation et 80 000 euros de provision pour litige. L'actif net corrigé ressort donc à 1 540 000 euros.

La conversion de la valeur d'entreprise change ici complètement le résultat. La dette financière nette s'élève à 1 400 000 euros d'emprunts, plus 100 000 euros de comptes courants et 260 000 euros de crédit-bail réintégré, moins 150 000 euros de trésorerie, soit 1 610 000 euros. La valeur des titres par la rentabilité tombe à 1 340 000 euros, contre 2 950 000 euros de valeur d'entreprise. Plus de la moitié de ce que produit l'outil industriel revient aux créanciers avant de revenir au vendeur.

La comparaison s'inverse par rapport au premier cas : 1 340 000 euros par la rentabilité, 1 540 000 euros par le patrimoine. Le patrimoine porte la valeur, et l'écart signale que ces actifs rapportent peu au regard de ce qu'ils représentent. Une pondération de deux tiers pour le patrimoine et d'un tiers pour la rentabilité aboutit à environ 1 470 000 euros, dans une fourchette resserrée de 1 340 000 à 1 540 000 euros.

Le test du financement est ici le point critique. Le repreneur reprendrait une dette existante de 1 610 000 euros à laquelle s'ajouterait sa dette d'acquisition, soit un endettement total supérieur à quatre années d'EBE, au-delà de ce qu'une banque accepte habituellement sur ce type d'opération. C'est la raison pour laquelle les transmissions de sociétés propriétaires de leur immobilier passent fréquemment par une dissociation des murs, cédés séparément ou conservés par le dirigeant, afin de ramener le prix des titres à un montant finançable.

Ce que la comparaison des deux cas montre

Les deux entreprises aboutissent à une valeur de titres voisine, environ 1 690 000 euros pour l'une et 1 470 000 euros pour l'autre, alors que tout les sépare. La première tire sa valeur d'une exploitation rentable et d'une trésorerie qui vient s'ajouter au prix. La seconde tire la sienne d'un patrimoine dont l'endettement absorbe une grande part.

Trois enseignements se dégagent. Le premier est que la conversion entre valeur d'entreprise et valeur des titres n'est pas une formalité de fin de calcul : elle ajoute 480 000 euros dans un cas et en retire 1 610 000 dans l'autre. Le deuxième est que l'écart entre vos deux méthodes vous dit où se situe votre valeur, et donc quelle pondération défendre. Le troisième est que le test du financement peut invalider une valorisation exacte, ce qui vaut mieux de le découvrir avant la mise en vente qu'au milieu d'une négociation.

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Sources

  • Service-public.fr, liasse fiscale au régime réel normal, tableaux 2050 à 2059-G.

  • Commission des participations et des transferts, étude de novembre 2025 sur le poids de la valeur terminale dans les évaluations par les flux.

  • Bpifrance Création, principales méthodes d'évaluation d'une entreprise.

F.A.Q.

Comment calculer la valorisation de son entreprise ?

En quatre étapes : rassembler les liasses fiscales de trois exercices, retraiter le bilan et le résultat pour obtenir un actif net corrigé et un EBE normatif, confronter la valeur patrimoniale et la valeur de rentabilité, puis conclure par une fourchette après déduction de la dette financière nette.

Existe-t-il une formule de valorisation d'entreprise ?

Il n'existe pas de formule unique. La plus courante applique un multiple à l'EBE normatif, mais elle ne vaut que si le résultat a été retraité au préalable, et elle doit être confrontée à l'approche patrimoniale.

Combien d'années de bénéfice vaut une entreprise ?

C'est ce que traduit le multiple, généralement compris entre 4 et 8 fois l'EBE normatif pour une PME, avec de fortes variations sectorielles. Ce coefficient ne s'applique jamais à un résultat brut.

Faut-il déduire la dette du prix de vente ?

Oui. Les approches par la rentabilité et par les flux mesurent la valeur de l'entreprise, pas celle de vos titres. Il faut en déduire la dette financière nette, comptes courants d'associés et crédit-bail réintégré compris, et y ajouter la trésorerie disponible.

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